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vendredi 10 février 2012

Une quête désespérée de l'inaudible.


Je vais pas encore rentrer dans le débat le journalisme musicale est-il mort ? Non, non j'ai donné. Cependant pour ceux que ça intéresse, lisez l'article de GONZAI suite aux conférences de l'ESJ à Lille sur la presse culturelle. C'est foudroyant de bon sens et de pessimisme, après tout c'est peut être ça la vie -> être lucide amène forcément à être pessimiste après tout. Mes passages préférés qui résument la chose, toujours cynique de Bester. 

" tout le monde en est finalement arrivé au même constat : maintenant que la connaissance n’est plus l’apanage d’une caste grassement payée en tickets restaurant et que recevoir un album par le service presse est à la portée du dernier idiot du village, le journalisme culturel a-t-il encore un avenir ? C’est précisément la question que s’est collégialement posé l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille en m’invitant, avec quelques autres ouailles, à une conférence début janvier, face à des étudiants avides d’informations. Etre invité par l’une ces institutions qui vous a gentiment claqué la porté au nez dix ans plus tôt, avouez que c’est toujours bon pour l’égo. La raison de ma présence aux cotés de Didier Varrod (France Inter, Serge), Vincent Desailly (Snatch) et Marjorie Philibert (Technikart, Inrocks, GQ)"

"Le tout s’enchaine, sur fond de blagues plus ou moins drôle, dans une ambiance bonne enfant. A peine le temps d’essayer de faire passer un message personnel (« en France, vous ne pourrez compter que sur vous pour tenter de faire bouger les lignes, personne ne vous engagera avant que vous ayez 40 ans. La France, c’est la mafia des vieux indéboulonnables ». Pas de réponse dans la salle) qu’un étudiant prend le micro pour demander aux invités ce qu’ils pensent de la presse dite parisianiste. Encore un vieux fantasme d’étudiant. La France est jacobine depuis 1789 et depuis cette date, des concerts aux bouclages de mensuels, tout se passe à Paris. C’est injuste, mais c’est comme ça. « Mais si vous êtes capables de me dénicher la nouvelle Lana Del Rey à Dunkerque, je suis preneur ». Premier bide pour Bester, ça les fait pas trop marrer les étudiants, cet humour de « parisien »"

"« Je me permets de vous contacter sur la recommandation de Laurent Chalumeau. Je suis directrice de lamédiathèque Floresca Guépin à Nantes; nous organisons une exposition sur les rapports entre le Rock & la Littérature. Dans le cadre de cette exposition, nous organisons le 3 février une table ronde sur la critique rock. Souhaitez-vous en être ? » Intervenir dans des colloques sur le rock, sans même être alcoolique ni grabataire et encore moins rangé des voitures … C’est à croire que j’ai raté ma vocation. Ou mieux : que j’ai encore un avenir. A ceux qui croient que j’ai déjà torché 10.320 signes rien que pour mentionner le fait que Laurent Chalumeau est un de nos fidèles lecteurs, je réponds que c’est absolument vrai. Rien que pour ça, l’aventure a un sens. Et ça continue, destination Nantes. C’est pas vraiment le lieu ni le moment de vous confier mes états d’âmes, mais j’avoue souvent me demander à quoi ça sert tout ce barouf, tout ce temps passé à écouter des disques pour tenter de prêcher dans le désert en essayant d’expliquer à des lecteurs invisibles qu’il y a encore des raisons d’espérer au delà des sacro-saints monuments que sont Bukowski, Thompson et autres rock critics précités. C’est un fait, le terme ne veut plus rien dire depuis que l’époque est permissive en tout point de vue. Depuis cette date où le rock a cessé d’être un outil de contestation sociale"

"C’était devenu ça la rock critic : une quête désespérée de l’inaudible. L’envie de s’adresser à une foule de plus en plus éparse, assister lentement à la fuite des derniers fans qui tous, par grappe de deux, décidaient qu’il valait mieux fonder un foyer ou s’abonner aux chaines du câble plutôt que de continuer à acheter des disques ou – pire – se farcir l’avis de sombres inconnus sur des artistes qui ne l’étaient pas moins. La rock critic n’existait plus vraiment et nous étions pourtant là, seul à bord, « last men standing » pour paraphraser Jerry Lee Lewis, à tenter de savoir qui serait le dernier à parler. C’était, pour paraphraser Jacques Brel, beau et con à la fois."


De quoi m'expatrier à Lille, contré de l'ESJ avec quelques questions en tête ...