dimanche 4 novembre 2012

Adrien T. , le reporter gonzo et son aventure Poitchforkesque




-> Chose promise chose due, le chroniqueur participatif Adrien T. vous emmène au coeur du festival Pitchfork, comme si vous y étiez, musiques hallucination et photos à la clef.



Ce matin, en me levant, je vois sur internet un reportage sur le journalisme gonzo, et je me rappelle avoir pensé que, moi aussi, j’aimerai tenter l’expérience. La journée allait être longue, le Pitchfork Festival de ce soir s’annonce dément. Grandes tractations avec mes amis de toujours, Fabio et Céline, sur l’horaire à laquelle nous devons nous y rendre. 21h fera finalement l’unanimité. Dommage pour Isaac Delusion me dis-je, mais 30 minutes de concert me semblent dérisoire. J’apprendrai plus tard que le groupe a réellement assuré. Pas grave. 

"Il est maintenant 21h. Nous buvons quelques bières devant l’entrée, et se faisant, partageons nos attentes respectives."
Il est maintenant 21h. Nous buvons quelques bières devant l’entrée, et se faisant, partageons nos attentes respectives. Céline est impatiente de danser sur Grizzly Bear, Fabio d’écouter Rustie et de mon côté je me monte le bourrichon sur les Disclosure. Après la fouille habituelle, nous rentrons dans l’enceinte du festival. S’amoncèlent des stands de nourriture (alignant Tarte Kluger, Burger maison, et pâtisserie française.) ainsi que des guichets de distribution de Jetons. 

un nouveau foodtruck trop cool pour Bb de la Branche ? L'enquête commence!

Comme à We Love Green, les Tartes Kluger ravissent les festivaliers. 

Nous comprenons l’habile commerce d’achat de jetons, qui a bien évidemment l’avantage de permettre de ne pas se balader avec trop d’argent sur soi, mais le désavantage de déréaliser la monnaie, et donc de pousser à la consommation – après tout, c’est 2 jetons !-. Nous pénétrons enfin dans la grande halle, où une scène est installée à chacune des extrémités du bâtiment. Lorsque nous arrivons, Breton joue. 

"Breton joue"

Nous rejoignons une amie au premier rang, Inès. A fond, elle se déhanche et chante toute les chansons de la tracklist. Nous restons plus circonspect, n’accrochant pas énormément au rock teinté d’électronique que nous propose les Anglais. Nous décidons de quitter la foule afin de s’aérer. Nous reprenons des bières, fumons un joint. Grizzly Bear va faire son entrée. Du monde commence à s’agglutiner autour de la scène. Oui, les 6000 personnes de ce soir sont venues pour Grizzly Bear, c’est désormais certain. Ne connaissant pas du tout leur nouvel album, j’étais ouvert à toute proposition musicale. Elle fût géniale, dansante, planante, se rapprochant à mon goût d’un Pink Floyd revisité. La scène est magnifique, des luminaires en papier tombant sur la scène, éclairant à peine le groupe. Céline adhère comme jamais, accumulant mouvements de tête et de bras incongrus. Fabio est moins démonstratif, mais nous assurera avoir adoré. De mon côté, c’est carton plein. C’est intelligent, rock, moderne. La musique me transporte. Les premières notes de Two Weeks (http://www.youtube.com/watch?v=tjecYugTbIQ) commencent à résonner. La foule délire. Céline et moi ne pouvons nous empêcher de chanter. Moment de grâce.
Le concert se finit. Très beau moment, ravi. Je me demande bien si Disclosure pourra rivaliser. Après un léger débrief avec mes compères autour d’une nouvelle bière, nous nous approchons de la scène où Disclosure se prépare. Je retrouve Inès, perdue durant Grizzly Bear à cause du monde.
Nous nous retrouvons bien placé, au centre, pas trop en arrière. Boiling (http://www.youtube.com/watch?v=DV85g8ocTIg) commence. Et dès ce moment-là, j’ai compris. 

"dès ce moment là, j'ai compris"

J’ai compris que j’allais vivre un concert incroyable. Les basses sont puissantes, les voix claires. Je sens que l’alcool et la drogue font leurs effets. Les morceaux s’enchainent, tous plus incroyables les uns que les autres. Evidemment, je les connais déjà, mais ils sont mixés à la perfection, la foule est dedans. Les lumières de la scène m’éblouissent. Je sais que je me souviendrai longtemps de ce moment. A chaque nouveau morceau, mon corps frissonne. Je jette un œil sur Céline et Fabio. La première danse comme une possédée, essayant tant bien que mal de filmer ce moment avec son téléphone. Fabio a enlevé son pull, la chaleur de la foule commençant à faire monter la température de la salle. Il lève les bras et son visage dessine ce petit sourire des très bons moments. Inès regarde le sol, complétement absorbé. Disclosure nous offre une House épaisse, dense, suintant le génie. Les voix des différentes features sont sublimées. La ligne de basse est parfaite. Control, Running, Flow continuent d’alimenter le rêve. Les montées incroyables, la musique enveloppante. Guy, un des membres du groupe, annonce qu’il ne reste que deux morceaux. Ce n’est pas grave, je sais que ce concert est déjà anthologique. Ils finiront leur live par Latch (http://soundcloud.com/disclosuremusic/latch-ft-sam-smith), leur dernier morceau. Il est incroyable, la foule est en délire. On touche à la perfection. Je ne me contrôle plus. Je sens deux bras se poser sur mes épaules : c’est la jeune fille derrière moi qui se serre. Nous dansons ensemble. La musique est parfaite, tout simplement. Elle m’en rend heureux. Les lumières me semblent magnifiques. Je me sens parfaitement bien, entouré de mes amis, de cette chanson.
Le concert se termine. Tonnerre d’applaudissement et de cris. Je suis sous le choc. Je m’attendais à quelque chose d’immense. Mais pas à ca. Une véritable blitzkrieg musicale a été opérée par Disclosure ce soir. Une victoire par K-O. 
Inès nous quitte, le sourire aux lèvres. Compréhensible. Nous ressortons pour manger quelque chose, Disclosure nous ayant complétement vidé. Le froid qu’il faisait dehors ne me semble plus dérangeant. Nous laissons T.E.E.D tomber. Une nouvelle bière avant Rustie. Fabio l’attend avec impatience. Nous nous plaçons devant la scène.
C’est une déception pour ma part. Rustie nous propose une électro puissante, mais qui manque de subtilité à mon goût. Il s’aventure dans quelques morceaux rap à la production léchée. Niggas in Paris est joué, ce que je trouve un peu décevant : de la nouveauté merde ! Le set est techniquement excellent, mais il manque à mon goût un souffle de vie. Nous nous éloignons de cette partie de la Halle afin d’en rejoindre l’autre bout et d’ainsi être prêt pour Simian Mobile Disco. Une nouvelle bière, un nouveau joint. Le duo se met en place, les gens arrivent. 

Simian Mobile Disco - "Tout d'un coup, nous nous retrouvons à Detroit"

Tout d’un coup, nous nous retrouvons à Detroit : une techno puissante s’empare de la Halle. Habile, le groupe enchaine les morceaux, ajoutant un peu plus de basse à chaque fois. Céline et Fabio dansent lentement, en planant. Cruel Intention (http://www.youtube.com/watch?v=zMwmHeUAn6E) est un peu décevante, mal placée, mal remixée. Mais ce n’est pas grave, le reste était à la hauteur, nous envoyant dans un univers froid mais accueillant. 
Cependant, on ne peut nier que la fatigue commence à se faire sentir. Cela fait 7 heures que nous sommes sur place, et les deux nuits précédentes passées au Social Club n’aident pas. Nous quittons la foule et nous baladons un peu. Le stand de Tee-shirt et de CD vend quelques pièces intéressantes, le magazine OFIVE fait une distribution gratuite de son premier numéro. Céline commence à mettre sur la table le sujet du départ. Nous tombons d’accord sur un quart d’heure de Julio Bashmore avant le départ. Nous resterons finalement 45min. Après un problème technique empêchant le maestro de mixer, ce dernier reprend brillamment la foule qui commençait à se disperser. Départ de Detroit pour Chicago et Bristol. La House et la Bass-music que nous propose le producteur anglais nous réconcilient avec l’heure tardive. La fatigue précédente est transcendée, nous nous remettons à danser. Le public est clairsemé, ce qui nous offre de l’espace pour quelques mouvements amples. C’est agréable. La musique est ronde, chaleureuse. Ne tombant pas dans une nostalgie gratuite des vieux titres, Julio Bashmore alterne récent et ancien avec brio. Une parfaite fin de festival pour nos corps endoloris. Ces derniers sont chouchoutés. Résultat impressionnant pour cet horaire difficile. Epatant. 

"Julio Bashmore alterne récent et ancien avec brio"


Il est maintenant 5h30 du matin, l’heure de rentrer. Nous sortons de la Halle, et grimpons dans un taxi. Sur le retour, je suis heureux. J’ai vécu 8h de musique incroyable, dans une ambiance géniale, changeant des festivals boueux et dans lesquels les gens ne se tiennent plus. Ici tout le monde est cool et sympa. Je suis heureux d’avoir vécu ça avec mes deux meilleurs amis, continuant  à alimenter des souvenirs communs et des moments forts.  

Pitchfork 2012 sera un souvenir puissant. Jusqu’à Pitchfork 2013 je pense. Le concert de Disclosure sera en revanche lui graver dans ma mémoire pour bien plus longtemps. A jamais peut-être. 




/ Adrien T. /



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